Hier je partais pour assister à une représentation sans surprise de Lohengrin, sans surprise car il s'agissait d'une reprise de la belle mise en scène de Robert Carsen que je connaissait déjà et en plus comme les critiques étaient bonnes je ne m'attendais à rien de désagréable.

Seulement voilà alors qu'Eric et moi étions à nos places au deuxième balcon depuis un moment et que nos montres indiquaient que le spectacle aurait dû commencer depuis dix minutes Gérard Mortier est apparu sur la scène pour annoncer que le chef d'orchestre Valery Gergiev serait là dans cinq minutes car son avion venait juste d'atterrir. Cinq minutes plus tard il est revenu pour dire qu'il avait eu Gergiev au téléphone et que malheureusement son avion n'avait encore pas réussi à se poser à cause des orages, en conséquence de quoi c'était son remplaçant Michaël Güstler qui allait diriger. Je me suis dit que entre un homme politique et un directeur d'opéra comme Mortier il n'y avait absolument aucune différence : raconter n'importe quoi voire mentir au public pour faire passer un changement de programme.

Je me suis aussi dit que Gergiev était un excellent chef d'orchestre mais que avec tous ses contrats à tant d'endroits du globe qui lui faisaient passer une partie non négligeable de sa vie dans des avions il devait avoir une empreinte écologique déplorable.

De toute façon l'orchestre m'a semblé si bon une fois la représentation commencée que je me suis demandé si la présence de Gergiev était si indispensable. J'aurais fait en fait vraiment la tête si c'était un des rôles titres qui avait déclaré forfait.

Lors du premier entr'acte j'ai eu à nouveau une surprise, mais une bonne cette fois. Alors que je redoutais de ne croiser personne, j'ai eu le plaisir de rencontre quelqu'un qui m'avait interviewé il y a quelques temps en le découvrant en sympathique compagnie masculine. Lors de notre entretien à l'époque je ne m'étai pas douté qu'il était homo comme quoi à mon corps défendant je peux aussi avoir une vision asexué d'autres personnes handicapées.

Dernière surprise : dès les premières notes de l'ouverture de Lohengrin je me suis rappelé à quel point j'étais sensible à la musique de Richard Wagner.

Pourtant elle cause en moi un certain malaise à cause de son allure  ... comment dire ... trop virile.

Wagner résumait l'intrigue ainsi : "La légende dit qu'un jour, vint de la mer un héros. Il aborda au pays de l’Escaut, dans une nacelle tirée par un cygne. Là, il aurait délivré l’innocence
persécutée et se serait uni à une jeune fille. Mais comme celle-ci lui demandait qui il était et d’où il venait, il aurait dû s’éloigner d’elle, et tout
abandonner." En fait pour moi la dimension "merveilleuse" de la légende ne se poursuit pas au delà de l'ouverture avec ses violons qui me semblent presque en apesanteur. Après Henri, le roi des allemands, le félon Terramunde et même Lohengrin adopte des postures trop déclamatoires. Quant à Elsa von Brabant, la cruche de service qui ne peut se retenir de poser la question interdite à Lohengrin, et à la sorcière Ortrud, elles montrent que chez Wagner il est rare que les femmes aient le beau rôle.