Si je ne faisais rien contre, toutes mes soirées pourraient être occupées par des réunions politiques. pour conjurer cela je tiens à bloquer des dates dans mon calendrier comme autant de moment de respirations intellectuelles.

Le lundi 18 décembre était réservé pour une sortie avec Zvezdo et son chat (un charmant félin qui aime les Verts). Nous avions des invitations pour "la ville dont le prince est un enfant" de Henri de Montherlant au théâtre du Nord-Ouest.
J'y allais en confiance car non seulement j'avais déjà vu la pièce il y a un peu plus de dix ans au Théâtre Hébertot mais davantage encore parce que je savais que le rôle de l'abbé de Pradts était tenu par Pascal Parsat qui est loin d'être un inconnu pour moi (litote ou euphémisme ?).

Comme Zvezdo a particulièrement bien rendu comte de ce spectacle de deux heures et demi sans entracte (http://zvezdoliki.net/blog/2006/12/19/518-la-ville-dont-le-prince-est-un-enfant-de-montherlant) cela me simplifie la tache.
Je me permets quand même de résumer l'intrigue de manière très personnelle. L'abbé de Pradts qui si je le replace dans un contexte plus familier à moi dont toute la scolarité s'est passé dans le public pourrait être principal de collège ne supporte pas de voir échapper son protégé le jeune Serge Souplier, élève de troisième, à cause d'une amitié intense qui le lie à un grand du lycée André Sevrais de deux ans son aîné. A force de manoeuvres et de manipulations il va contraindre à la faute les deux garçons pour obtenir du Père Supérieur (je traduis le proviseur de l'ensemble
du groupe scolaire) le renvoi  du plus âgé, forcément le plus responsable des deux. Mais à l'instant où il croit avoir définitivement écarté son "rival", le Père supérieur lui apprend qu'il a aussi renvoyé Souplier afin de le dégager de son emprise pour le moins inquiétante.
Avec un tel argument on sent que on est en permanence à la limite du dérapage non contrôlé dans le fait divers du genre des affaires judiciaires qui ont mis a mal la réputation de nombre d'établissements privés catholiques. Ce n'est là pas la moindre des réussites de cette interprétation de l'oeuvre que de l'éviter. En ce domaine le jeu des acteurs compte autant sinon peut-être plus que la mise en scène de Jean-Luc Jeener.
Si l'on ne s'en tenait qu'aux mots l'abbé de Pradts pourrait très vite se retrouver en examen. Ne propose-t-il pas à Serge Souplier de passer les vacances chez lui à la campagne en compagnie de quatre ou cinq autres garçons également du voyage ? Mais l'abbé que campe Pascal Parsat est un homme en mal de paternité. S'il s'attache à Serge c'est parce qu'il sent qu'il est le plus mal parti dans la vie et il veut le secourir. Seulement lui a qui l'Eglise interdit d'avoir des enfants en fait trop en voulant être et la mère et le père de l'enfant.
Obsédé par sa mission, il devient ce "feu qui brûle mais n'éclaire pas".

L'intelligence du choix des jeunes acteurs est manifeste pas tant parce que Germain Lainard avec ses treize ans à peine sonnés laisse transparaître dans ses répliques d'une langue très classique son accent de "djeun" d'aujourd'hui que à cause de la présence de Maxime Raoust, 17 ans donc pratiquement l'age du personnage de André Sevrais à qui il donne une épaisseur humaine inédite. Ce jeune acteur que Parsat qui est son professeur d'art dramatique au conservatoire du 20ème a proposé pour le rôle a un handicap psycho-moteur qui se remarque d'emblée même d'un aveugle comme moi et c'est parce qu'il arrive à le transcender que la pièce en est changé sans qu'une virgule ait bougé dans le texte de Montherlant.

Plus j'y repense plus c'est clair : la présence de Maxime Raoust annule tout ce que cette pièce contient de scabreux. Dans la précédente version de l'oeuvre avec Christophe Malavoy les deux adolescents manquaient de consistances et je me demandais ce qui pouvait bien rapprocher Souplier le petit cancre du fort en thème Sevrais si ce n'est peut-être que les deux pouvaient être de petits cochons. Là à cause de cette fragilité de Maxime Raoust je peux imaginer que les deux adolescents ont un point commun qui les réunit : tout deux sont à la marge du Collège. Pour le petit rien que dans le texte c'est évident, pour le grand rien ne le laissait supposer mais aussi et c'est cela le plus fort rien ne s'y opposait. Souplier apparaît alors comme fasciné par l'exemple de Sevrais, ce garçon qui se bat en permanence pour se tenir debout. Dans ce contexte leur amitié n'a plus besoin d'être sexuelle pour exister ... et pour contrarier l'influence totalitaire de l'abbé de Pradts.

Alors quand vient l'avant dernière scène ou l'abbé annonce à Sevrais et son renvoi de l'établissement et l'interdiction de revoir au dehors Son copain la révolte vous gagne et l'on se dit : "quelle pourriture !"

Cela explique que l'apparition à la fin du Père Supérieur soit ressenti comme un apaisement et l'annonce du renvoi de Souplier comme un soulagement. Seulement au fur et à mesure de l'avancée de cette dernière scène mon sentiment a changé et je me suis surpris à penser que le pseudo-vieux sage était tout aussi détestable ainsi que sa religion du sacrifice et de l'amour qui n'est pas l'amour. Pour autant et je l'ai dit à la sortie à Pascal Parsat je n'éprouve aucune compassion pour l'abbé de Pradts (j'espère que cette remarque ne l'a pas fâché). c'est sans doute à cause de cela que j'ai trouvé la dernière scène pesante et pour tout dire interminable. une fois Sevrais parti (et donc Maxime Raoust) il n'y a plus de place que pour les ténèbres.

A lire : "Montherlant révèle Maxime raoust" sur Yanous (http://www.yanous.com/pratique/culture/culture061124.html)

A écouter : l'interview de Pascal parsat et de Maxime Raoust sur la radio Vivre fM (http://bloghandicap.fr/fichiers%20audio/novembre/14%2011%2006/VPV%2014%2011%2006.mp3)

A aller voir : la pièce bien sûr (plus que trois représentations les 27, 30 et 31 décembre)