Ce samedi 16 décembre j'ai eu le bonheur de pénéttré dans ce que l'on peut considérer comme le saint des saints du protestantisme à Paris, l'Oratoire du Louvre. Il y a quelques années c'est là qu'a eu lieu la cérémonie des funérailles de Théodore Monod. C'est en fait une église du 17ème siècle que Napoléon Ier a passé aux protestants en 1811 en compensation de la destruction de leur Temple qui avait la malchance de se trouver au carrousel du Louvre et que sa majesté impériale rasa pour faire place nette à la cour qui porte désormais son nom. En ce temps quand il y avait des travaux dans Paris et qu'un tel sort vous étais réservé vous n'aviez que le droit de dire merci ... autre époque, autres moeurs !
Bien sûr je n'étais pas là pour suivre l'office dominical car je l'ai déjà dit nous étions samedi. De plus ce n'est pas le pasteur qui est apparu quand le silence s'est fait mais Luly en personne une vingtaine de musiciens à ses cotés. Et il nous a conté le terrible hivers 1709 ... vous savez bien celui où à Versailles le vin gelait dans les bouteilles ! Les musiciens du RSO ont alors commencé à jouer la musique gelée de Luly et tout frigorifié sont arrivés les Mélo'Men. Ce concert de noël a ainsi commencé de la manière la plus glaciale qui soit (serait-ce pour conjurer le réchauffement climatique ?) mais heureusement après une série de chants d'hivers l'atmosphère s'est réchauffé et les choristes sont vite allé se chercher une tenue estivale.
L'entracte n'a pas manqué non plus de me surprendre. D'abord parce que nous n'avons pas eu la possibilité de nous lever pour faire quelque mondanité et se régaler de quelques pains d'épices avec du vin chaud. Pardon j'ai confondu avec le marché de noël de mon enfance. Ensuite parce que pendant le tirage de la tombola qui meublait ce moment une chose inattendue s'est passée. En effet mon Eric avait consenti pour les beaux yeux du vendeur à acheter un billet qu'il espérait perdant. Malheureusement pour lui le numéro 203 fut tiré par une main innocente et rouge de confusion lui qui ne supporte pas de devoir se mettre en avant a du remonter l'allée entre les chaises pour aller chercher son lot : un abonnement d'un an au journal Têtu que jusque là il achetait consciensieusement chaque mois. Un violoniste bien connu l'a salué au passage mais Eric ne l'a pas remarqué immédiatement et s'en est voulu après de ne pas lui avoir rendu la politesse. Notre ami Ziad a lui fait preuve d'un tact qui l'honore en ne clamant pas son nom. Déjà l'année dernière au précédent concert de noël des Mélo'Men Eric s'était fait remarquer à son corps défendant à cause d'un autre billet gagnant. Il faut croire que dans ce genre d'occasion c'est lui qui est dans la lumière et moi qui reste dans l'ombre un petit sourire aux lèvres.
Quand le concert a repris je me suis demandé si en fin de compte je n'étais quand même pas à la messe en entendant tous ces hommes entonner "veni, veni Emmanuel" après que John Dawkins nous eut encouragé à nous joindre à eux. Je n'en ai rien fait en dépit du fait que dans une autre vie j'étais un petit chanteur en aube blanche (un disque en atteste). C'était trop haut pour ma voix. De toute façon je ne l'exerce que pour chanter l'aigle noir de Barbara dans ma salle de bain.
Cette fois ci dans le cadre d'une église réformée entendre les quatre petites prières de Saint-François d'Assise m'a beaucoup moins géné que lors des 10 ans de Mélo'Men. Je reconnais la qualité de la composition de Poulenc et l'excellence de son interprétation par ce choeur mais Je maintiens que les paroles sont d'une niaiseerie extrème et personnellement il m'est impossible de ne pas prendre en compte le sens des mots dans le jugement que je peux porter sur une oeuvre ... surtout quand le texte est en français.
Le concert s'est fini en apothéose sur un arrangement de chants de noël de la main de John Dawkins réunissant tous les enfants du chef, je veux dire les Melo'men et le Rainbow Symphony orchestra. Cela méritait bien un bravo bien senti de ma part.
Mais comme dans toute bonne soirée il y a aussi de la place pour des regrets il me faut reconnaitre que l'acoustique de l'Oratoire du Louvre était décevante ce que nous avons d'autant plus ressenti Eric et moi que nous étions dans les derniers rangs. Nous n'avons été enveloppés par le son des chants que lorsque les choristes à de rares reprises se sont répartis de part et d'autres des bas cotés.
En plus je n'ai pas eu l'impression qu'ils avaient retiré tous les bénéfices qu'ils pouvaient des quelques occasions où ils étaient accompagnés par les musiciens du RSO. D'où nous étions leur voix semblaient couvertes par ceux-ci. Seul dans le final un certain équilibre entre eux s'est in extremis instaurer "pour la gloire de la musique" (l'expression est du pasteur du lieu).