31 octobre 2006
retour à Pleyel
J'ai enfin pu me faire mon idée sur la salle Pleyel après rénovation. En effet samedi avec mes chaussures toutes neuves j'ai foulé la moquette non moins neuve du hall d'entrée pour assister à la représentation de la version de Prague (la première historiquement) du "Don Giovanni" de Mozart. Nous étions presqu'idéalement placé à l'orchestre. Je dis presque car le deuxième rang aux yeux de Eric était trop proche de la scène. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été aussi à l'avant. La dernière fois c'était au théâtre de la porte Saint-Martin pour "love, valor and compassion". Là ce n'était pas parce qu'il ne restait plus que ces places mais je dois l'avouer pour avoir la possibilité de voir la plastique des acteurs qui évoluaient nus dans ce décor d'une maison du Lubéron. Les fesses de Nicolas Vitioli, quel régal ! Mais je m'égare ...
Il me faut revenir au freiburger barockorchester et aux grosses chaussures de ses musiciens, sans doute confortables mais pas très esthétiques et surtout à René Jacobs qui nous a offert une version concert tellement bien mise en espace qu'on en venait à se demander ce qui la différenciait d'un opéra à la mise en scène dépouillée ... peut-être la lumière qui restait toujours allumée..
Un moment Eric m'a glissé à l'oreille : "Minkowski est venu observer la concurrence." Effectivement il était placé trois ou quatre rangées en arrière.
La seule chose qui m'a chiffoné c'est l'épilogue moralisateur après la disparition aux enfers de Don Giovanni. Mais c'est justement la particularité de cette mouture initiale de l'oeuvre.
Après une aussi sympathique soirée passée en prime avec "beau papa" et "belle maman" je penses que je ne vais pas tarder à retourner à la salle Pleyel.
30 octobre 2006
en prime
En consultant tout à l'heure les dernières dépêches en date de l'AFP j'ai lu :
"Les élus autrichiens devaient dans l'après-midi élire leurs deux vice-présidents et ainsi vraisemblablement confier à une autre femme, (puisque c'est une femme, Barbara Prammer, qui a été élu à la présidence du Nationalrat NDLA) la jeune élue des
Verts Eva Glawischnig (37 ans) celui réservé à un représentant du troisième parti du pays.
Les Verts ont réussi à se hisser à quelque 500 voix près le 1er octobre dernier à cette place devant le parti d'extrême droite FPÖ et derrière les conservateurs
du ÖVP."
J'apprends ainsi que cette troisième place n'était pas que honorifique mais qu'il y avait une prime en complément de la médaille de bronze. J'y trouve une saveur supplémentaire en pensant qu'elle échappe à l'extrême droite.
28 octobre 2006
souliers neufs
En ce beau samedi d'automne j'ai terminé mes achats pour refaire ma garde robe. Eric s'est un peu impatienté devant mon hésitation pour accepter une paire de chaussures au bout pointue qui selon lui sont à la mode. J'ai encore en mémoire ma mésaventure de septembre 2004. J'avais inauguré une paire de soulier assez joli à la forme très resserrée en me rendant à l'Hôtel de Ville pour l'élection des sénateurs. Comme il faisait aussi beau qu'aujourd'hui et que de surcroît c'était le jour de la fête des jardins une fois mon devoir de grand électeur rempli je suis parti avec Eric pour le jardin de l'Hôtel de Cluny afin d'assister à une visite conférence consacrée à l'art du jardin au moyen-âge. Ensuite nous sommes allé admirer la tapisserie de la dame à la Licorne dans le musée juste à coté. A partir de ce moment là j'ai commencé à peiner pour marcher. A l'arrivée en enlevant mes chaussures je me suis rendu compte que j'avais des coupures au talon et que le dessus de mes pieds était tout boursouflé. Je n'ai jamais pu remettre ces souliers qui ont fini sur une pyramide de chaussures d'handicap international.
Espérons que ma nouvelle paire ne me cause pas de pareilles déception. Je les met dès ce soir pour un concert à la salle Pleyel. Je n'ai pas envie qu'une douleur au pied me gâche la musique.
26 octobre 2006
la question du jour
Dans le cadre de mes fonctions électives je suis invité à faire un tour à angoulème le mois prochain pour présenter une réalisation dans le domaine de l'accessibilité de la culture aux personnes handicapées à laquelle j'ai contribué.
Suis-je en train de me muer en pigeon-voyageur ?
25 octobre 2006
retour au direct
Depuis que je suis revenu de Strasbourg si j'excepte la parenthèse du week-end je suis pas mal occupé tant et si bien que le temps me manque pour recopier complètement mes notes de voyages.
J'espère pouvoir souffler un peu demain mais de cela je ne suis même pas sûr.
20 octobre 2006
vendredi matin
Ma valise est prête. Il est presque neuf heures. Je devine que ma collègue commence à s'inquiéter de ne pas me voir en bas. J'ai pris le temps qu'il fallait pour être sûr de ne rien oublier et comme je me doute que les autres participants au colloque en ont fait de même je ne crains pas d'être en retard pour la dernière matinée de travail. Par conséquent il n'est pas question que je me prive de petit déjeuner. Ce que je trouve toutefois dommage c'est de ne pas avoir le temps de passer à une boulangerie-pâtisserie pour ramener un authentique kougelhoff à Eric, avec en prime de bons Bretzels.
19 octobre 2006
Strasbourg by night
Eric a raison d'avoir peur pour moi car je suis terriblement têtu. J'avais trop envie de revoir le quartier de la cathédrale et comme personne n'était prêt à m'y accompagner je me suis résolu à y aller seul à dix heures du soir. Je suis donc sorti de l'hôtel avec l'idée de prendre le tramway pour ce faire. A ma grande surprise, il y avait beaucoup de monde dans la rue, tous des musulmans. L'un d'eux m'a gentiment offert de m'accompagner jusqu'à la station de tramway et grâce à lui j'ai pu prendre un billet aller-retour au distributeur automatique. Je lui ai demandé si c'était le ramadan qui expliquait tant d'affluence dehors. Il me l'a confirmé en me disant que c'était le vingt-septième jour celui où parait-il on fête la descente sur terre du coran.
Trois stations de tramway plus loin j'étais à la place Broglie. Là je me suis soudain senti complètement désorienté car la zone piétonne que je m'attendais à trouver avait disparu. des étudiants m'ont permis de retrouver mes repères en m'indiquant où était la rue du dôme. Dans mes souvenirs, c'était le plus court chemin pour arriver à mon but. Reconnaissant le terrain avec ma canne blanche, j'avançais précautionneusement car le sol était en mauvais état mais en fin de compte mon souvenir était bon. J'ai fait le tour de la cathédrale qui est encore en travaux (plus que jamais apparemment) et je me suis retrouvé de l'autre coté, place du Château, devant mon cher lycée Fustel de Coulanges. Il était alors onze heures, il faisait bon, des voitures passaient dans le secteur ce qui tendait à prouver qu'il n'était plus piétonnier et je suis resté un long moment immobile à me demander si c'était la ville qui avait changé ou moi. sans doute les deux. ainsi voila donc Strasbourg au 21ème siècle. Un touriste s'est penché hors de sa voiture pour me demander si je n'étais pas perdu. Je lui ai répondu : "je suis bien sur la place du château, à ma droite il y a la cathédrale, à ma gauche le palais des Rohan, derrière moi le lycée fustel de Coulanges ?" Il m'a dit oui. Alors j'ai conclu : " non, je ne suis pas perdu."
Sur le chemin du retour j'ai croisé toute une troupe d'Anglais ivres et d'Anglaises en mini-jupes. Il n'avait rien à fêter de particulier, même pas un match de rugby et pourtant il faisait un de ces tintamarres. J'ai repris le tramway place Broglie et dedans quelqu'un m'a spontanément adressé la parole voulant s'assurer si j'avais pris la bonne direction. Etant donné que je sentais cet homme mal à l'aise avec le français, après un moment d'hésitation du au fait que je n'arrivais pas à déterminer s'il était alsacien ou allemand et que je craignais de faire un impair si je l'interrogeais là dessus j'ai fini par lui demander : "sprechen Sie deutsch ?". Il s'est montré soulagé de pouvoir continuer la conversation dans sa langue. C'est ainsi que j'ai appris qu'il venait d'Heidelberg et travaillait depuis deux ans à la représentation de l'Allemagne auprès du Conseil de l'Europe. Chemin faisant, il m'a aimablement proposé de me reconduire jusqu'à mon hôtel. A minuit j'étais revenu, content d'avoir pu faire cette sortie nocturne grâce à la gentillesse des inconnus qui avaient croisé ma route.
jeudi soir
Je suis énervé. Je commence à en avoir marre de passer presque deux heures dans les restaurants chaque fois que j'y vais, surtout quand je n'ai pas la chance d'avoir en face de moi un agréable jeune homme . D'autant que depuis notre arrivée c'est toujours au même bar-restaurant que mes collègues désirent manger. Mais bon ce goût de l'habitude colle bien aux fonctionnaires.
En plus hier j'avais téléphoné à une de mes vieilles connaissances remontant à mes vertes années ici qui m'avait proposé que l'on se retrouve ce soir. Finalement, il vient de me rappeler, la réunion tardive dont il m'avait parlé étant finie, et la voix à moitié couverte par un chahut festif m'a dit que c'était impossible.
Pour autant il ne faut pas croire que ma journée a été une journée perdue. J'ai appris beaucoup de choses intéressantes ... plus du point de vue politique d'ailleurs que professionnel. Malgré tout je ne me sens pas en état de développer davantage. J'ai cependant entendu une phrase que je ne manquerai pas de replacer à l'occasion tant elle sonne bien.
"Nous avons quelque chose en commun : nous sommes tous différents."
18 octobre 2006
mercredi soir
Moi et mes deux collègues avons décidé de ne pas dîner car la journée d'ouverture du colloque s'est conclue par un pot de bienvenue dans le plus pur style local c'est à dire du type "kougelhoff-vin blanc". Je ne me suis d'ailleurs pas privé du plaisir de manger de cette pâtisserie typiquement alsacienne dont on ne trouve que de médiocres imitations à Paris. Ces réjouissances venant après un petit déjeuner copieux et un repas de midi pas aussi léger que nous l'aurions voulu ont fini par nous ôter l'envie d'aller manger une choucroute dans la "petite France".
De cette première journée de colloque je retiens particulièrement les propos pertinents d'un intervenant italien en fauteuil roulant. Celui-ci à la différence des autres ne pouvait pas monter sur l'estrade de l'auditorium à cause de trois marches. Obligé de parler depuis une des places du fond, il nous a montré que ce contretemps était encore une illustration de la discrimination touchant les personnes handicapées puisqu'il trouvait son origine dans le fait que l'on avait conçu ce lieu pour être accessible à des élèves handicapés sans imaginer qu'il puisse y venir un professeurs handicapés. A partir de cet élément concret il a développé sa pensée ce qui à mon avis est une des meilleures manières de faire.
Alors que celles et ceux qui parlaient de la tribune avaient eu du mal à donner une définition simple de la discrimination trois mots prononcés avec un accent italien bien marqué lui ont suffi : traitement différent injustifié.
Il n'a pourtant pas été le seul à dire des choses très intéressantes cet après-midi. La première à s'exprimer, une fonctionnaire travaillant pour le compte de la commission européenne, a dévoilé quel combat politique se" livrait derrière la concurrence des deux expressions "égalité des droits" et "égalité des chances". A Bruxelles l'objectif privilégié est clairement l'égalité des chances (dans le sens d'égalité des opportunités). Désormais y prévaut une approche sociale du handicap. Cela veut dire que l'on considère que le handicap est une construction sociale comme l'est le genre, pas une question médicale. Une telle approche de la question amène à vouloir changer encore une fois le nom que l'on donne à ces individus d'abord désignés comme invalides, puis incapables, avant qu'on en fasse des handicapés, puis des personnes handicapées, et plus récemment des personnes en situation de handicap. Et comme nous évoquions la questions de l'emploi, il nous a été proposé de parler de "travailleurs autrement capables". Une évolution du vocabulaire pourrait-elle suffire à faire changer les regards ou ainsi que l'on dit dans le vocabulaire politique à faire bouger les lignes ? S'il y a une chance que cela marche, même la plus infime, alors je crois qu'il faut essayer.
mercredi matin
Le brouillard automnal se rajoute à ma vue brouillée. Mes collègues m'ont fait faux bond et j'ai donc pris mon petit déjeuner seul. Sans elles pas question d'aller jusqu'au quartier de la cathédrale. Je suis privé par conséquent de revoir certains des lieux qui ont le plus compté dans ma vie d'avant ici tel Fustel, mon lycée.
Je me suis rabattu sur un repérage des lieux proches et j'ai trouvé quelqu'un qui m'a accompagné tout le long du parcours allant de mon hôtel à la commanderie Saint-Jean, ensemble de bâtiments qui accueille maintenant l'ENA après avoir été une prison pour femmes.
Il fait jour ... un jour glauque, l'air est frais, et ce sentiment d'étrangeté ressenti depuis la veille dès mon arrivée persiste.