Eric a raison d'avoir peur pour moi car je suis terriblement têtu. J'avais trop envie de revoir le quartier de la cathédrale et comme personne n'était prêt à m'y accompagner je me suis résolu à y aller seul à dix heures du soir. Je suis donc sorti de l'hôtel avec l'idée de prendre le tramway pour ce faire. A ma grande surprise, il y avait beaucoup de monde dans la rue, tous des musulmans. L'un d'eux m'a gentiment offert de m'accompagner jusqu'à la station de tramway et grâce à lui j'ai pu prendre un billet aller-retour au distributeur automatique. Je lui ai demandé si c'était le ramadan qui expliquait tant d'affluence dehors. Il me l'a confirmé en me disant que c'était le vingt-septième jour celui où parait-il on fête la descente sur terre du coran.

Trois stations de tramway plus loin j'étais à la place Broglie. Là je me suis soudain senti complètement désorienté car la zone piétonne que je m'attendais à trouver avait disparu. des étudiants m'ont permis de retrouver mes repères en m'indiquant où était la rue du dôme. Dans mes souvenirs, c'était le plus court chemin pour arriver à mon but. Reconnaissant le terrain avec ma canne blanche, j'avançais précautionneusement car le sol était en mauvais état mais en fin de compte mon souvenir était bon. J'ai fait le tour de la cathédrale qui est encore en travaux (plus que jamais apparemment)  et je me suis retrouvé de l'autre coté, place du Château, devant mon cher lycée Fustel de Coulanges. Il était alors onze heures, il faisait bon, des voitures passaient dans le secteur ce qui tendait à prouver qu'il n'était plus piétonnier et je suis resté un long moment immobile à me demander si c'était la ville qui avait changé ou moi. sans doute les deux. ainsi voila donc Strasbourg au 21ème siècle. Un touriste s'est penché hors de sa voiture pour me demander si je n'étais pas perdu. Je lui ai répondu : "je suis bien sur la place du château, à ma droite il y a la cathédrale, à ma gauche le palais des Rohan, derrière moi le lycée fustel de Coulanges ?" Il m'a dit oui. Alors j'ai conclu : " non, je ne suis pas perdu."

Sur le chemin du retour j'ai croisé toute une troupe d'Anglais ivres et d'Anglaises en mini-jupes. Il n'avait rien à fêter de particulier, même pas un match de rugby et pourtant il faisait un de ces tintamarres. J'ai repris le tramway place Broglie et dedans quelqu'un m'a spontanément adressé la parole voulant s'assurer si j'avais pris la bonne direction. Etant donné que je sentais cet homme mal à l'aise avec le français, après un moment d'hésitation du au fait que je n'arrivais pas à déterminer s'il était alsacien ou allemand et que je craignais de faire un impair si je l'interrogeais là dessus j'ai fini par lui demander : "sprechen Sie deutsch ?". Il s'est montré soulagé de pouvoir continuer la conversation dans sa langue. C'est ainsi que j'ai appris qu'il venait d'Heidelberg et travaillait depuis deux ans à la représentation de l'Allemagne auprès du Conseil de l'Europe. Chemin faisant, il  m'a aimablement proposé de me reconduire jusqu'à mon hôtel. A minuit j'étais revenu, content d'avoir pu faire cette sortie nocturne grâce à la gentillesse des inconnus qui avaient croisé ma route.