Moi et mes deux collègues avons décidé de ne pas dîner car la journée d'ouverture du colloque s'est conclue par un pot de bienvenue dans le plus pur style local c'est à dire du type "kougelhoff-vin blanc". Je ne me suis d'ailleurs pas privé du plaisir de manger de cette pâtisserie typiquement alsacienne dont on ne trouve que de médiocres imitations à Paris. Ces réjouissances venant après un petit déjeuner copieux et un repas de midi pas aussi léger que nous l'aurions voulu ont fini par nous ôter l'envie d'aller manger une choucroute dans la "petite France".
De cette première journée de colloque je retiens particulièrement les propos pertinents d'un intervenant italien en fauteuil roulant. Celui-ci à la différence des autres ne pouvait pas monter sur l'estrade de l'auditorium à cause de trois marches. Obligé de parler depuis une des places du fond, il nous a montré que ce contretemps était encore une illustration de la discrimination touchant les personnes handicapées puisqu'il trouvait son origine dans le fait que l'on avait conçu ce lieu pour être accessible à des élèves handicapés sans imaginer qu'il puisse y venir un professeurs handicapés. A partir de cet élément concret il a développé sa pensée ce qui à mon avis est une des meilleures manières de faire.
Alors que celles et ceux qui parlaient de la tribune avaient eu du mal à donner une définition simple de la discrimination trois mots prononcés avec un accent italien bien marqué lui ont suffi : traitement différent injustifié.
Il n'a pourtant  pas été le seul à dire des choses très intéressantes cet après-midi. La première à s'exprimer, une fonctionnaire travaillant pour le compte de la commission européenne, a dévoilé quel combat politique se" livrait derrière la concurrence des deux expressions "égalité des droits" et "égalité des chances". A Bruxelles l'objectif privilégié est clairement l'égalité des chances (dans le sens d'égalité des opportunités). Désormais y prévaut une approche sociale du handicap. Cela veut dire que l'on considère que le handicap est une construction sociale comme l'est le genre, pas une question médicale. Une telle approche de la question amène à vouloir changer encore une fois le nom que l'on donne à ces individus d'abord désignés comme invalides, puis incapables, avant qu'on en fasse des handicapés, puis des personnes handicapées, et plus récemment des personnes en situation de handicap. Et comme nous évoquions la questions de l'emploi, il nous a été proposé de parler de "travailleurs autrement capables". Une évolution du vocabulaire pourrait-elle suffire à faire changer les regards  ou ainsi que l'on dit dans le vocabulaire politique à faire  bouger les lignes ? S'il y a une chance que cela marche, même la plus infime, alors je crois qu'il faut essayer.